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La rectitude.



Tous les mammifères, naturellement, sont latéralisés. Je suis droitier ; certains d’entre vous  sont gauchers. Placez-vous derrière un chien et regardez-le trotter : vous constaterez que ses hanches ne suivent pas la piste tracée par ses épaules.

Il en va bien entendu de même pour le cheval. Nos chevaux ont une main à laquelle ils se trouvent plus à l’aise qu’à l’autre. Et ceci aura bien entendu des conséquences sur sa maniabilité, sur sa locomotion.

J’ai introduit ce sujet en parlant des problèmes de latéralité des mammifères. Nous sommes des mammifères avant d’être des cavaliers… La première question à nous poser est donc de savoir si le problème de rectitude de notre cheval n’est pas dû à notre propre problème de latéralité, de dissymétrie. Nous n’avons pas tous la même force dans nos deux mains, par exemple ; certains ont une épaule plus basse que l’autre, une hanche plus haute ; que dire des petits problèmes physiques qui apparaissent avec l’âge... Donc, si nous n’y faisons pas attention, par exemple, la différence de force entre nos deux mains risque d’entraîner une différence de résistance sur les rênes de la part de notre cheval. Cette précision me paraît importante, car il m’est arrivé régulièrement de rencontrer ces types de problèmes tout au long de ma carrière d’enseignant. Si nous constatons que la plupart des chevaux sont «gauchers», donc plus raides à droite, et que la majorité des cavaliers sont droitiers de naissance ou d’éducation, donc ayant plus de force dans la main droite, il arrive fréquemment que la solution au problème soit d’abord à rechercher chez le cavalier.

Je tiens avant d’aller plus loin à faire une précision : il ne faut pas confondre les problèmes d’inflexion naturelle d’un cheval et le fait que lors d’un travail spécifique, le cheval se traverse. Dans le cas du cheval infléchi plus d’un côté que de l’autre, il s’agit d’un problème morphologique. Par contre, dans la majorité des cas, si un cheval se traverse dans le travail, par exemple dans les arrêts, il s’agit d’un problème inhérent au cavalier. Dans bien des cas, c’est la main du cavalier qui empêche l’impulsion de passer, qui la bloque. Pour ce qui est du problème spécifique du cheval qui se traverse au galop, je l’aborde dans l’article consacré au travail au galop.

 

1) Définition de la rectitude :

Comment peut-on définir la rectitude ? Un cheval est droit quand les postérieurs suivent la même piste que celle décrite par les antérieurs. Un cheval droit est un cheval qui s’inscrit parfaitement sur la trajectoire qu’il parcourt. En ligne droite, il sera géométriquement droit ; sur le cercle, sa colonne vertébrale se confondra avec la courbe tracée.

Cette définition se rapproche de la définition officielle. Je rajouterai une notion qui me paraît fondamentale : un cheval est droit quand il accepte de tendre également ses deux rênes. Donc, un cheval qui s’inscrit sur sa trajectoire, mais qui n’accepte pas un contact égal sur ses deux rênes, n’est pas droit !

 


Schéma issu du DVD de
Ph. Karl : "Dressage Classique"
DVD n° 2 de la série de trois DVD.

Prenons l'exemple d'un cheval naturellement ployé à gauche : il aura plus facilement la tête à gauche, donc sera plus facile à incurver sur un cercle à main gauche qu'à main droite ; il tendra plus volontiers sa rêne droite et le contact sur la rêne gauche sera plus difficile à prendre ; il surchargera naturellement son épaule droite ; il tournera donc plus large à gauche, mais aura tendance à tomber sur l'épaule droite en tournant à main droite et réduira de ce fait son cercle ; la poussée des postérieurs sera dissymétrique : le postérieur droit poussera davantage qu'il n'engagera, poussée qui ne sera pas dans l'axe ; le postérieur gauche engagera plus facilement qu'il ne poussera.

 

2) Les principes à respecter :

La recherche de la rectitude doit être un de nos objectifs dans le travail quotidien que nous allons entreprendre avec notre monture.

La tendance naturelle du cavalier est dans bien des cas d’attaquer ce problème de rectitude par le côté difficile en cherchant à le rendre plus facile. C’est une erreur qui amène bon nombre de désillusions, car, bien souvent, par ce procédé, le cheval a davantage tendance à se crisper à cette main difficile. Il faut donc commencer à chercher à régler ce problème à la main dite facile.

En explication du schéma de Philippe Karl, j’ai écrit que le cheval sera plus facile à incurver sur un cercle à main gauche qu'à main droite. C’est par cette trop grande facilité à se plier à gauche que nous allons commencer notre travail. Nuno Oliveira a écrit dans un de ses ouvrages quelque chose qui ressemble à cela : à main gauche, ne pliez jamais vos chevaux, ils seront déjà trop pliés.  C’est donc par ce travail de limitation du pli du côté facile que nous allons aborder le problème de la rectitude.

Il m’arrive très souvent de constater chez les cavaliers que je vois pour la première fois un excès de pli sur les grands cercles. C’est un problème de géométrie simple à comprendre : la trajectoire d’un cercle de 20 m de diamètre mesure approximativement  63 m. Si nous considérons que notre cheval mesure 3 m de long, le rapport est très vite fait. Et nous comprenons aisément que le pli sur ses grands cercles doit être infime. Pour vous donner un repère visuel, je vous dirai qu’il vous suffit de voir affleurer l’œil intérieur à la courbe de vote cheval. Votre premier travail va donc être, surtout à la main facile, de limiter ce pli que votre cheval prendra naturellement.

Un autre point sur lequel j’insiste très souvent : on ne peut assouplir que ce qui est décontracté. Donc, la décontraction du cheval doit être une des préoccupations premières du cavalier. Elle passe bien sûr par la décontraction du cavalier. Si nous, nous sommes capables d’accepter un déplaisir qui nous apportera un plaisir plus grand, le cheval ne l’acceptera pas. La décontraction du cheval est donc un prérequis indispensable, mais également un signal que le cavalier ne doit pas perdre de vue. En effet, si au cours d'un exercice d'assouplissement, quel qu'il soit, le cavalier sent son cheval se contracter, se crisper, il doit aussitôt interrompre l'exercice pour rechercher à nouveau la décontraction.

Nuno Oliveira a écrit dans Principes classiques de l’art du dressage : « La politique à suivre est d’essayer d’incurver le côté convexe en cédant de ce côté et de chercher à maintenir le contact du côté où le cheval ne veut pas l’accepter. ».


Comète me servant de partenaire pour expliquer lors d'un stage
la cession à la jambe telle que je l'entends : sous l'action de ma jambe droite à la sangle (peut-être un peu trop reculée...), le cheval cède sur sa commissure droite en lâchant la rêne droite et en venant tendre la rêne gauche.
Attention, ceci est une "démonstration pédagogique"
Donc, pour les puristes, je tiens à préciser que mes actions pour être visibles et pour entraîner une réaction visible de Comète sont exagérées,
tout comme la réaction de Comète...

Dans le même ouvrage, Nuno Oliveira écrit : « là aussi, il faut déterminer si le cheval refuse l’incurvation d’un côté à cause d’une résistance physique de ce côté ou d’une résistance physique de l’autre. ». 

Voici donc les principes de base que l’on doit impérativement respecter pour redresser un cheval :

1 - Chercher à limiter l’excès de pli du côté facile ;

2 - Ne jamais insister du côté de la résistance ;

3 - Incurver le côté convexe en cherchant à ce que le cheval cède sur la rêne de ce côté tout en cherchant le contact sur la rêne opposée ;

4 - Rechercher tout au long de ce travail, tout au long du travail en général, la décontraction de son cheval.

3) Un exemple de travail :

Nous allons considérer que les problèmes inhérents à la latéralité, à la dissymétrie du cavalier sont résolus. Le cavalier est «droit». Le défaut de rectitude que nous rencontrons est en général un problème dû à l’inflexion naturelle de notre cheval d’un côté ou de l’autre. Nous prendrons également pour exemple un cheval naturellement fléchi à gauche, donc, concave du côté gauche et convexe du côté droit. Cette inflexion naturelle à gauche est la plus fréquente.

Je vais terminer cet article en vous expliquant comment je procède, d’une manière générale, pour redresser un cheval. Précaution que je prends toujours quand j’explique comment je procède, ce que je vais écrire n’engage que moi, en fonction de ma propre culture équestre et de mes expériences heureuses et malheureuses. Donc, certains peuvent procéder différemment sans pour autant être dans l’erreur. Mais je pense que les principes énoncés plus haut doivent être impérativement respectés.

À la main dite facile, je cherche à limiter le pli. À la main difficile, je ne cherche pas la bonne incurvation à tout prix. Forcer la bonne incurvation risquerait tout simplement d’entraîner de plus grandes résistances, de plus grandes contractions sur ce côté déjà difficile.

Dans tout le travail que j’effectue sur un cheval, je suis guidé par la même philosophie : je cherche et chercherai toujours à amener mon cheval à faire ce que je lui demande ; je cherche et chercherai toujours à mettre mon cheval dans des conditions qui lui permettront de faire ce que je lui demande… Pour illustrer ce mode de fonctionnement, je reprendrai une phrase de Michel Henriquet extraite de son livre La sagesse de l’Écuyer : « Un cheval, ça ne se dresse pas, ça s’instruit. ». Mon travail en vue de la rectitude va commencer par une recherche de la décontraction générale de mon cheval. Cette décontraction va l’amener progressivement à accepter une légère incurvation du côté convexe. Cette incurvation, je la demanderai davantage par l’action de ma jambe intérieure que par l’action de ma rêne intérieure. Souvenez-vous de ce qu’a écrit Nuno Oliveira et que j’ai cité plus haut : « La politique à suivre est d’essayer d’incurver le côté convexe en cédant de ce côté et de chercher à maintenir le contact du côté où le cheval ne veut pas l’accepter. ». Une dernière règle qui me paraît très importante : quand j’obtiens les premières réponses positives de mon cheval, je reviens très vite à la main facile afin de garder le bénéfice de la réponse positive que le cheval a donnée et pour éviter que celui-ci se crispe à la main moins facile.

 

4) Conclusion :

Redresser le cheval va être le fil conducteur de son éducation tout au long de sa vie de travail. La rectitude acquise à un niveau de rassembler sera systématiquement remise en cause par le cheval quand nous passerons au niveau de rassembler supérieur. Donc, le cheval parfaitement droit, s’il en existe, ne peut être qu’un cheval entièrement instruit