Michel Henriquet

Les présentations, les coup de blues, les papotages, les organisations de rencontres, les petites victoires et histoires perso, etc...

Michel Henriquet

Messagepar K » Lun 8 Déc 14 15h05

Nous étions encore il y a fort peu chez lui.

Comme il semblait aller bien, malgré les ennuis de santé inhérents à l’âge. Il fallait courir pour le rattraper lorsqu’il marchait, tant son pas était vif. Il fallait serrer les fesses lorsqu’il conduisait sa voiture, parce qu’il roulait à vitesse prohibée tout en vous racontant une ou deux de ces anecdotes dont il était si friand. Il fallait le voir déguster son couscous, un plat qu’il appréciait particulièrement. Sa conversation intarissable nourrissait la tablée mieux que n’importe quel délice. Catherine l’écoutait, pas toujours d’accord, car il n’en avait pas fait un triste épigone.

Nous n’étions pas, nous non plus, toujours d’accord et c’est peu dire. Mais, que l’on soit petit ou grand, pourvu qu’on montât, il se montrait curieux de vous. Peu lui importait qu’on l’aimât, il n’avait plus l’appétit des disputes, même s’il pouvait s’emporter encore pour un appuyer trop comme ceci ou trop comme cela.

Il offrait son manège à toute personne, pourvu qu’elle fût praticienne, car de philosophie sans action il ne voulait plus. Il avait bataillé ferme dans sa vie, il avait eu le verbe dur parfois, il admettait s’être montré injuste avec quelques-uns, mais à son pire détracteur il aurait confié son meilleur cheval pourvu que celui-ci démontrât ses principes en selle.

« Pitié pour mon cheval ! » avait-il un jour imploré à destination d’une cavalière qui martyrisait la bouche de Miguelista, et il avait joint les deux mains comme dans une prière pour signifier toute sa détresse.

Nous avons eu d’incroyables discussions dans sa bibliothèque. Il nous a ouvert bien des portes, au sens propre comme au sens figuré. Il nous fut permis de farfouiller à l’envi dans ses livres si précieux, et il nous fut permis d’étudier des correspondances ignorées de beaucoup.

Bien entendu, les lettres du maître Oliveira siégeaient au cœur de notre curiosité insatiable. Ces deux hommes se portaient une amitié indéfectible qu’atteste leur abondant courrier, dont le dernier échange date de quelques jours avant le départ de NO pour l’Australie. Michel fut la première personne prévenue par Madame Oliveira du décès de son époux.

Il avait dit, il y a peu : « quand vous ne montez plus, vous n’êtes plus rien… » mais, en même temps, il affirmait monter par le truchement de Catherine. Il ressentait.

De ses nouveaux chevaux, il espérait beaucoup, une preuve qu’il envisageait encore de nombreux lendemains… Bien que, lors de notre dernière entrevue, il nous conseilla de nous dépêcher un peu de revenir, ce que nous ne fîmes hélas pas.

Tout ceci n’aurait pu advenir si JP n’avait accepté de partager ce père et maître. Alors merci à lui, du fond du coeur.


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Re: Michel Henriquet

Messagepar dany » Lun 8 Déc 14 15h25

je vais juste rajouter ma Seule et unique experience chez les henriquets .... et je suis triste de n'avoir pus venir au stage de JPG chez les henriquets qui se passait quand je déménageais et je pensait venir la prochaine fois .. helas Michel ne sera plus là ...

donc la seule fois ou j'y ai été c'est il y a +/- 17 ans moi j'étais un pur autidacte qui n'avait eu comme professeur que les livres d'Oliveira ..et un prof Durant 6 mois ... qui fut stagiaire Durant 1an et demi chez les henriquet quand il était jeune ...

Et donc du coup comme dans les livres d'Oliveira il mentionnait henriquet et que j'avais lu le livre d'henriquet je me rappelle plus le titre mais ou il décrit journalierement son dressage de certain chevaux ...

Brèf je lui ai tél pour lui demandé si je pouvais venir un weekend mais pas pour suivre un cours .. mais pour sentir ces chevaux au piaffer etc .... à quoi il m'a répondu "pas de soucis"

j'ai donc été un weekend il m'a d'abord fait suivre un cours pour voir si j'avais au moins des notions d'équitations puis voyant que c'était positif (je suppose) j'ai monté plusieurs chevaux qu'il travaillait à l'époque et faire du piaffer etc ....
c'était très agreeable...

voilà je voulais juste me joindre à votre homage .. meme si moi je ne l'ai rencontrer qu'une seule fois ...;
Aussi parceque à vous suivre sur ce forum j'ai vus que sa porte était tjs ouverte et qu'ils n'ont pas eu peur de montrer ce qu'ils font

Aurevoir Michel Henriquet
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Re: Michel Henriquet

Messagepar JPG » Mar 9 Déc 14 00h50

L’annonce du décès de Michel Henriquet vient de me frapper. C’est un autre pan de ma jeunesse équestre qui disparait. Après la mort de Nuno Oliveira, Fernando D’Andrade, Diogo de Bragance, Professeur Da Costa, Arsenio Cordeiro et la grave maladie de Guilherme Borba, c’est la fin de l’époque héroïque de l’Équitation Portugaise qui s’annonce. C’est ce petit pays, très ancien, qui nous avait ramenés à la pensée équestre juste dans le désert des années 60 et 70. C’est bien Michel Henriquet (avec René Bacharach et Jean Persin de Lauret a un moindre degré) qui a été la force impulsive de tous les aspirants français à cette équitation d’équilibre et de finesse. Michel a été mon inspiration dès le début de ma quête du dressage. Notre première rencontre remonte presque à 50 ans, dans le petit manège de Bailly ou mon mentor Georges Caubet m’avait amené un samedi matin de 1965, quand j’ai vu un cheval vraiment léger et vibrant pour la première fois. J’ai oublié le nom de ce Lusitanien merveilleux, mais son image est encore bien vivante dans mon esprit et je n’ai jamais cessé de tacher de l’émuler de mon mieux.

Je n’ai jamais perdu le contact avec Michel, malheureusement devenu très épisodique à cause de ma résidence hors de France, mais nous nous sommes croisés de temps en temps dans les manèges du Portugal. Après de nombreuses conversations téléphoniques depuis les USA ces deux dernières années, Michel et Catherine m’avaient invité à donner un stage dans leur écurie d’Autouillet en Mars de 2014. Cela a été l’occasion de renouer notre amitié et de partager l’évolution de nos idées équestres. À 91 ans, Michel était toujours aussi curieux de l’équitation, enthousiaste pour suivre son évolution et surtout ouvert au doute sain qui doit animer tout chercheur intellectuellement honnête. Je tiens d’abord à redire à Catherine Henriquet à quel point son hospitalité et celle de Michel, leur support et les commentaires qu’ils m’ont adressés m’ont comblés, tant d’un point de vue professionnel que personnel. Michel faisait partie des très rares écuyers qui peuvent donner à un travail de recherche équestre une perspective historique sérieuse dans le continuum de l’équitation, car il savait l’examiner avec l’autorité incontestable que lui donnait une culture équestre de premier plan jointe à une expérience pratique considérable.

Comme Michel, mon but est l’éducation des cavaliers respectueux de leur partenaires, ceux qui sont vraiment intéresses à produire des chevaux légers, heureux et confortables et ont simplement besoin des meilleurs moyens possibles pour y arriver, sans idées préconçues et surtout sans esprit de chapelle. Nuno Oliveira répétait souvent que la seule vraie raison pour justifier tout le travail que nous faisons, c’est l’amour pur du cheval et que les conceptes équestres doivent évoluer en fonction de nos connaissances sans etre bloqués par un traditionalisme désuet. Michel était un vrai amoureux des chevaux, mais surtout un écuyer extrêmement pragmatique qui savait que cet amour doit se traduire par des progrès techniques propres à aider le cheval physiquement et émotionnellement a long terme. C’est en cela que la technique adéquate est la vraie récompense des efforts de notre partenaire. Michel m’a souvent affirme que les effusions sentimentales, bien que généreuses envers le cheval, ne saurait contrebalancer les dégâts fréquents d’une équitation pratiquée hors d’un équilibre et d’une impulsion relaxés. L’enfer des chevaux est parfois pavé des bonnes intentions de gentils cavaliers qui manquent simplement de techniques efficaces.
Je prends cette triste occasion pour écrire quelques vérités qui, bien que connues, méritent d’être répétées à propos de l’importance de la carrière équestre de Michel Henriquet. Souvenons-nous d’abord que sans ses efforts inlassables, la renommée Européenne de Maitre Nuno Oliveira n’aurait pas eu la même étendue, et le développement du Lusitanien n’aurait pas eu non plus la mesure que nous avons pu voir en France et dans le monde. L’impact de son exemple, surtout à la lumière de l’expérience olympique de Catherine, ainsi que l’influence de ses nombreux articles de fond dans la presse française, ne doit pas être sous-estimée : tant comme cavaliers, que comme éleveurs, nous sommes tous, sans aucun doute, dans la dette de Michel Henriquet,.
Il est surtout l’auteur de deux livres, entre autres ouvrages, qui marqueront très certainement la littérature équestre de notre temps. L’un est « Gymnase et Dressage », qui retrace de manière pratique et philosophique le cheminement du long parcours amenant le poulain vers tous les airs de la haute équitation. L’autre est « Les Maîtres Français de l’Art Équestre », une œuvre considérable d’érudition et d’exégèse qui nous ramène, par les questions qu’il pose avec lucidité, à une vue beaucoup plus réaliste des contributions de nos auteurs de référence.
Il sera dit un jour par les analystes honnêtes de notre histoire équestre que l’œuvre de Michel Henriquet n’a rien à envier à celle, d’une importance considérable, du General Decarpentry. Au risque d’être vu comme un iconoclaste, ce qui n’est nullement mon intention, je tiens à être le premier à le dire, car nous méritons tous d’être reconnu pour nos contributions a l’art qui nous passionne, surtout quand elles ont l’importance de celles de Michel Henriquet.

Homme généreux, ombrageux, assidu à sa recherche, honnête jusqu’au bout de ses idées, exigeant, voire intransigeant avec ses élèves comme avec lui-même, curieux infatigable qui, après avoir tout appris de la sagesse des anciens, cherche encore des idées nouvelles chez les jeunes générations 70 ans après avoir commencé sa quête équestre, Michel Henriquet a été un écuyer très efficace, à la fois disciple et promoteur fondamental du Maître Nuno Oliveira, défenseur infatigable autant de l’équitation juste que du bien-être du cheval. Il a été un vulgarisateur sans égal de la tradition équestre française. Il a su par ses dressages et son professorat quotidien raviver le lien entre la tradition classique et la compétition moderne avec un succès indiscutable, tout en étant le premier avec Catherine à donner une place d’honneur au cheval ibérique dans l’arène olympique.

Michel a été mon inspiration quand j’avais 15 ans. Celle-ci m’a conduit chez Maitre Oliveira et a défini ma vocation professionnelle depuis notre première rencontre. Le but de chaque écuyer sérieux doit être de bien comprendre la contribution du passé et d’ajouter une pierre, aussi modeste soit-elle, à l’édifice. Ce que je fais aujourd’hui dans mes dressages est le fruit d’une longue recherche qui a commencée à Bailly et est passée par beaucoup de détours, certains utiles, d’autres moins. Je crois avoir aujourd’hui l’embryon d’une méthodologie qui aidera beaucoup de chevaux à être plus confortables dans leur travail et de cavaliers à atteindre des buts souhaitables, quels que soit la spécialité qu’ils choisissent. Je dois à la générosité de Michel Henriquet de m’avoir mis sur le droit chemin au départ de ma carrière et aujourd’hui, je lui dois encore, à lui et à Catherine, de m’avoir donné l’opportunité de partager l’état actuel de mon travail avec eux et les enthousiastes français de la bonne équitation.

Michel n’a jamais hésité à affirmer ses opinions positives ou non sur la chose équestre et c’est cette franchise incontournable, alliée à d’immenses connaissances, qui leur donnent toute leur valeur. Dans un monde équestre trop souvent marqué par la mesquinerie des incompétents, la générosité morale et l’honnêteté intellectuelle de Michel Henriquet sont des qualités très rares qui auront été d’une importance capitale pour l’éducation de très nombreux cavaliers de plusieurs générations passionnément intéressés par les chevaux et leur dressage.

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Re: Michel Henriquet

Messagepar K » Mar 9 Déc 14 14h08

JPG,

C'est très bien de souligner qu'à l'heure aisée où tant se réclament de NO (tant mieux, disons-le tout net) lui dut se battre pour bousculer les évidences d'une époque. Il fut parfois déclaré non grata pour ses engagements, interdit même en certains lieux, et rien que pour cette dette-là, celle d'avoir passionément soutenu NO, nous lui devons gratitude.

J'ai conservé pour mes propres amis un certain nombre des conseils qu'il donnait à Catherine, et je dois dire que la plupart d'entre-eux sont à la fois limpides, clairs et presque basiques, en ce sens qu'ils simplifient tout. Michel rejetait la part de mystère qu'on attribue aux choses savantes.

Etonnant bonhomme : il m'avait confié, il y a peu, avoir découvert tout récemment que les allongements au trot étaient meilleurs si le cavalier savait claquer le haut des cuisses sans bouger leur prolongement, ce à quoi je me suis essayé avec grand intérêt.

et tant d'autres petites choses.

J'aimais bien lui tenir un peu tête, et il aimait ça ! Une sorte de joute... Hein, Jean-Phi ?

Moi, il me faisait du bien. Et à mes amis aussi. C'est beaucoup, et c'était donné.

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Re: Michel Henriquet

Messagepar JPG » Mar 9 Déc 14 18h26

Xavier, tu as raison de souligner que de suivre Nuno, c'est devenu tres facile aujourd'hui. En 1970, ca ne l'etait pas du tout car la majorite des cavaliers professionels de l'epoque et des "autorites" le considerait comme un charlatan ou au minimum un iconoclast derangeant les idees recues de l'epoque. MIchel a navigue contre vents et marees pour faire accepter Nuno, pas toujours avec une grande diplomatie, mais certainement avec une conviciton inebranlable qui a fini par convaincre presque tout le monde.

Plus tard, les morts deviennent des saints. Nuno disait que dans sa vie "il avait ete beaucoup deteste et beaucoup adore, et les deux a tort."

Ses eleves adorateurs ne lui ont pas toujours rendu service non plus (a Nuno), car ils ont adoptes le vernis et pas le fond. L'equitation de Nuno etait une equitaiton de principes et d'habilete plus que de forme et de theorie, et elle pouvait etre appliquee a toutes les specialites. Michel - et tres peu d'autres - ont su s'en servir pour l'equitation de concours, de dressage, de saut, de tauromachie, et pas seulement pour l'equitation de salon. J'ai appris plus de Nuno en debourrant ses poulains qu'en montant les "taxis" deux fois par jour. L'idee centrale c'etait l'impulsion et la domination absolue des chevaux dans le respect. La legerete etait une consequence de ca. Les gens qui ont commence par la legerete a tout prix n'ont pas reussi tres bien car ils n'ont pas eu assez d'impulsion pour creer l'equilibre qui donne eventuellement cette legerete tant desiree.

Je suis bien d'accord avec toi que la simplicite des conseils de Michel est fondamentale dans l'equitation. Dresser les chevaux, ca consiste a connaitre 4 principes et 1000 details. Si on oublie les principes et on a pas le detail indispensable dans un moment donne, aucun grand discours philosophique n'aidera le cavalier a dresser son cheval.

Nuno ralait tout le temps a propos "des francais qui font des grandes theories equestres" et il se preferait se concentrer sur le cote pratique des choses. Michel aussi, car il savait bien que changer un tout petit detail suffit souvent a regler un probleme. Jusqu'au bout, il a ete curieux du detail qu'il ne connaissait pas encore. La curiosite, c'est le carburant de l'espoir de faire mieux, demain. C'est ca la grande lesson de Michel: toujours curieux a 91 ans, il regardait l'avenir plus que le passe. RIP

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Re: Michel Henriquet

Messagepar Jean-Philippe » Lun 29 Déc 14 14h14

Je vous invite à lire le très bel hommage rendu sur Cheval-Magazine du mois de janvier. Mon cher Vincent, merci !
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