La main fixe

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La main fixe

Messagepar Euclides » Lun 17 Oct 16 13h04

Il y a toujours eu pour moi le sujet « la main fixe » qui a constamment suscité et qui continue de susciter certaines questions.

Tous les auteurs ayant un soupçon revendiquer une influence, même minime de Baucher sur leur équitation, on écrit sur la notion de main fixe et plus généralement sur le fonctionnement de la main.

Je pense qu'ils ont eu raison, du moins sur le principe, d'accorder toute son importance à ce sujet. Ne serait-ce que le fait d'obtenir le contact égal sur deux rênes, c'est souvent un des éléments qui empêchent à de nombreux cavaliers une progression dans leur équitation.

Aussi, il me paraît sain de réfléchir et de faire une fixette sur cette idée de la main fixe, pierre philosophale du Bauchérisme 2nde manière.

Il y a un petit livre de Jean Percin qui a pour objet une étude sur la "fixation de la main". L'auteur arrive à la conclusion que pour fixer la main, il faut... la poser sur la base de l'encolure ou du garrot.

Pour sa part, Oliveira indique dans les « 30 de correspondances de Michel Henriquet » que « la main doit être fixe par rapport au rein souple du cavalier ». Egalement, j’ai en tête dans les notes d’Antoine de Coux sur l’instruction d’Oliveira : « il faut bouger les mains », « il ne faut pas bloquer les mains ». Voilà qui est dit et donc, assez loin de l’idée de poser la main sur l’encolure.

D’un autre côté, il faut dire que les écrivains et grands cavaliers ont ouvert la porte sur quasiment tout et son contraire en terme d’utilisation des mains :

- « le petit doigt dans les crins » m’a un jour conseillé Patrick Le Rolland.
- « la main haute » me criait d’Orgeix pendant un stage.
- « baisse la main » me conseillait une autre fois Jean-Marie Donard, tout en me conseillant de prendre la rêne interne au pli à la française pour garder une certaine hauteur de nuque.
- « les mains posées sur le nombril »
- « les mains appartiennent à l’encolure du cheval » Jean-Jacques Boisson

J’ai également en tête Oliveira travaillant sur des mains très hautes un jeune cheval (vieille vidéo en noir et blanc que l’on trouvait autrefois sur Youtube).

Parmi les grandes phrases sur le sujet, il y a aussi le fameux conseil d’Etienne Beudant, qui pour lui « suffit à tout » :

"Il faut fermer les doigts sur les rênes, convulsivement si nécessaire."

J'ai toujours été très dubatif sur ce conseil du capitaine Beudant. Pour autant, les intentions de Beudant paraissent très claires : la main ne doit pas reculer, et ne pas hésiter à employer toutes les forces nécessaires à lutter contre les forces qui s’opposent de la part du cheval à celles de la main fixe de son cavalier. .

En même temps, je me suis interrogé sur l'impact réel pour le cheval, et notamment le cheval "non mis". Entre "fermer les doigts" et "fermer les doigts convulsivement" comment cela se transmet et avec quelle nuance jusqu'à l'action du mors, qui se trouve peut-être à 80cm de la main, par l'intermédiaire du segment de cuir de la rêne?

Également l'idée de tenir convulsivement les rênes n'est à mon sens pas très cohérente avec l'image de parfaite décontraction et de relaxation de Beudant tel qu'il l'affichait dans les photos de ses ouvrages équestres.

D'un autre côté, il y a l'écriture de d'Orgeix qui nous explique qu'il ne faut pas agir avec le biceps, "le muscle saccadé, le muscle qui tire". Il évoque également son principe de la barrière pour empêcher toute action du cheval venant résister sur la main.

Pour pouvoir réaliser cela, d'Orgeix met en œuvre une tenue de rênes singulières, avec une rêne qui se positionne sur le pouce et qui ensuite est utilisée par les doigts de la main ouverts, qui agissent en appui donc pour d'Orgeix de façon indirect, les doigts quasi-tendus.

Dernière chose, d'Orgeix préconise de tenir ses rênes "en pont" c'est-à-dire le flot de la rêne opposée dans chaque main. Cela pour pouvoir ainsi "manipuler les rênes plus rapidement" à la volonté du cavalier.

C'est à mon sens cette dernière technique qui est la plus impactante et qui donne à l'équitation de d'Orgeix toute sa puissance et son influence sur la mise en main des chevaux.

Essayer donc de tenir LA BASE du flot de la rêne droite dans la main gauche et mettez le plus lourd/balourd des selles-français de votre écurie sur un cercle au galop à gauche, pli interne. Vous serez étonné de voir qu'il est impossible au cheval de franchir cette fameuse "barrière de la main" si chère à d'Orgeix.

Montez alors avec votre assiette via le jeu de votre dos et vous verrez le cheval prendre de l'équilibre par l'engagement des postérieurs. Rien d'exceptionnel car on ne fait pas d'un canard un cygne du jour au lendemain, surtout dans le travail au galop, mais c'est le début d'un petit quelque chose, en tout cas la fin des 15mm de rênes que vous prend le cheval à chaque troisième temps de la foulée de son galop.

Et ça c'est une véritable révolution équestre du point de vue de votre cheval qui ne l'emportera plus sur la mise en main.
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Re: La main fixe

Messagepar D.M. » Mar 18 Oct 16 13h07

La main fixe ... ou l’Arlésienne de l’équitation.

On pourrait en disserter des heures et ne jamais être d'accord ni sur sa position (haute, basse, dans les poches !! ...) ni sur son action. Sujet bien compliqué ... et encore plus pour l'enseignant tout simplement parce qu'il n'existe aucune recette miracle. Tout dépendra de l’indépendance des aides du cavalier (et donc de son équilibre et son assiette), de l’équilibre même du cheval, de l'allure à laquelle on travaille ... et la liste pourrait être infiniment plus exhaustive et détaillée.

Or quand j'enseigne quelque chose, j'aime les choses simples et claires ... autant pour moi que pour mes élèves : ce qui se conçoit bien s’énonce. clairement. Alors ... en considérant que mes élèves commencent à avoir une assiette stable ... et sans me perdre dans des considérations relatives à la guéguerre inutile 'mains hautes ou mains basses' voici comment j'aborde le sujet avec mes équitants en posant quelques postulats :

- La fixité de la main n'est que relative à la bouche du cheval (j'aime assez l’idée : la main appartient à l'encolure et donc à la bouche du cheval).
- Dans le mécanisme du pas et du galop, le cheval a besoin d'une encolure 'libre' pour s’équilibrer : la main doit donc suivre, équilibrer, résister si besoin si le cheval s'appuie (mais la plupart du temps c'est le cavalier qui est en déséquilibre et provoque cet appui).
- Le trot est la seule et unique allure dans laquelle la tête et la bouche du cheval ne bouge absolument pas : je leur fais donc la guerre à cette allure pour que leurs mains soient absolument fixes, posées en avant du garrot et tandis que tout le reste de leur corps fonctionne librement pour accompagner le mouvement.

Observer les cavaliers au trot,observer la bouche du cheval et les mains des cavaliers ... il est vraiment rare de voir des mains parfaitement fixes à cette allure et pourtant c'est bien la seule et unique allure où il est nécessaire et utile d'avoir les mains absolument fixe par rapport à un point qui ne bouge pas : la bouche du cheval ... et si elle bouge c'est un bon apprentissage d'observation pour les élèves, il y a ou une boiterie ou une irrégularité à corriger.
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Re: La main fixe

Messagepar yveskatz » Mer 19 Oct 16 10h46

je crois que fixité de la main et hauteur de la main sont deux notions différentes. Le sujet étant la fixité d cela main, je vais donner mon petit avis. La main doit effectivement être fixe ET accompagner le cheval dans le jeu de son encolure, lequel résulte du mouvement du dos, de ce que je ressens.Je conseille donc à mes cavaliers d'avoir les coudes au corps, posés peu ou prou sur les hanches, ce qui donne une fixité de la maison PAR RAPPORT au corps du cavalier. Et ce qui permettra à la main de suivre les ondulations de l'encolure, c'est le jeu du bassin qui accompagne les ondulations du dos. Donc, tant que le cavalier n' pas le liant suffisant, il est préférable de le faire travailler rênes longues.Cette fixité de la main par rapport au bassin du cavalier n'empêche pas la possibilité d élever plus ou moins les mains pour agir de manière plus précise sur la commissure des lèvres... avec des doigts mobiles à la manière d'une main qui tient une éponge gorgée d'eau donc le cavalier est à même de gérer le débit (aucune goutte perdue, goutte à goute, filet d'eau, etc...);
Tout cela, si les prérequis sont là, que la main soit TOUJOURS en accord avec le cheval.
Cordialement, yves KATZ, BEES2
Accueille et conseille pour mieux connaître, comprendre et éduquer son cheval.
http://educaval.forum-pro.fr/
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Re: La main fixe

Messagepar Euclides » Mar 25 Oct 16 22h28

bonjour,

merci à DM, et à Yves pour l'échange.

D.M. a écrit:La main fixe ... ou l’Arlésienne de l’équitation.

alors là, complètement d'accord. J'ai écrit un peu sur le sujet avant tout pour causer un peu.

il est clair que lorsque l'on parle de fixité de la main, c'est relative à quelque chose et en général à l'encolure du cheval.

La citation d'Oliveira me parait intéressante car elle résume en une phrase la notion de fixité de la main indissociable de celle de souplesse des avant-bras et du jeu du dos, lui-même à la disposition des oscillations du corps du cheval. Elle synthétise toutes les bonnes remarques que vous avez indiquées à propos de la qualité de l'assiette et de la liberté du jeu de l'encolure en fonction des allures.

Par rapport à la remarque d'Yves sur le fait que fixité et hauteur de main sont deux sujets à part entière, je suis tout à fait d'accord.
J'ai évoqué la chose car certains équitants ont résolu la problématique de la main fixe en la posant à proprement parler sur la base de l'encolure, ce qui de facto conditionne la hauteur de main. Cependant, comme l'a rappelé le Commandant Licart dans Equitation Raisonnée, "la longueur d'action des rênes variant avec leur longueur, il importe de leur donner une longueur telle qu'elles puissent produire l'effet voulu".

On pourrait donc poser la main en différents endroits de l'encolure et du garrot, et en jouant ainsi sur la longueur des rênes tout en obtenant une relative fixité de la main posée, obtenir l'action de rêne la plus propice au fonctionnement musculaire du cheval en fonction de son ramener et de sa progression dans la mise en main :

"il existe une longueur de rêne variable suivant le degré de ramener de chaque cheval qui, sur le soutien élastique des coudes, assure la tension, l'harmonie du fonctionnement musculaire. Si les rênes sont pus courtes, le cheval ne peut se tendre; si elles sont plus longues, il peut sortir du ramener et renverser l'encolure".

Les idées de d'Orgeix sur le sujet de la main fixe sont dans la pure tradition bauchériste. Selon lui, le cheval qui raccourcit son cadre de devant va pouvoir ployer ses reins et donc baisser les hanches. Baucher a défendu l'idée qu'un cheval "qui vous échappe du devant vous échappe du derrière". D'Orgeix a reformulé Baucher par la réciproque.

Quant à Beudant, un de ces "tours de force" était de faire passage au pied levé n'importe quel cheval. Evidemment, le passage ne pouvait être en soit académique, c'était la recherche selon lui d'un passage naturel qui raisonne chez chaque cheval à son propre rythme.
La main fixe lui permettait à mon sens d'obtenir rapidement la mise en main et la fixité de tête nécessaire pour sortir cette air de haute école, ce qui ne pouvait pas se faire aussi rapidement pour une pirouette au galop par exemple.
Dans ces conditions, il obtenait de ses chevaux la flexibilité, la perméabilité aux aides par la fixité du bout de devant pour résoudre des problèmes probablement conditionnés par des résistances ainsi vaincues (anecdote d'un cheval qui a fourni ses départs au galop à droite après obtention du passage).

Evidemment, tout cela sous-entend que la fixité de la main s'accompagnait d'une parfaite maîtrise de l'accord des aides entre la main fixe et les jambes, mais aussi l'assiette - Beudant avait cette façon redoutablement efficace d'engager ses fesses sous lui pour avoir la fesse "insinuante", pour reprendre ses propres termes à propos de l'efficacité de la main.
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Re: La main fixe

Messagepar Jean-Philippe » Sam 29 Oct 16 11h03

Euclide a écrit:La main fixe lui permettait à mon sens d'obtenir rapidement ... la fixité de tête

Intéressant ce que tu écris. La main fixe soit qui suit, soit qui fixe... :wink:
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Re: La main fixe

Messagepar Euclides » Lun 31 Oct 16 20h16

J'ai quand-même conscience de peut-être écrire une chose et son contraire, en m'appuyant sur des écrivains qui ont une position assez différente de la notion de main fixe, tout en accordant au sujet une grande importance. 

D'Orgeix évoque l'idée de la main fixe (et haute) au galop à travers son principe de la barrière. Il a décrit très clairement le mécanisme de balancier de l'encolure au galop, et prétend qu'en travaillant sur la limitation de la prise de poids par la bascule (trop forte) de l'encolure lors du 3ème temps du galop, il parvient à obtenir très facilement l'équilibrage du cheval et l'allègement de l'avant-main.

Pour cela, il fixe les main dans une attitude haute, paumes tournées vers le ciel, coudes décollés du buste pour donner toute l'amplitude nécessaire à ces actions de mains "rééquilibrantes".

Des écrivains Bauchéristes que j'ai pu lire, il est le seul à avoir précisé la notion de main fixe dans le galop du cheval. Des Bauchéristes comme Beudant, Faverot ou Baucher lui-même évoquent une idée de la fixité de la main, sans distinction entre le pas, le trot ou le galop.

Oliveira a donné cette définition géniale de la fixité relative au rein souple du cavalier, résolvant ainsi la problématique de la mécanique spécifique des trois allures. 

J'ai pas mal observé Charlotte DUJARDIN dans sa RLM des JOs de Rio. Les mains sont totalement fixes, j'ai envie de dire même "fixées" dans une attitude qui est la même dans le trot et le galop (le pas étant présenté de façon anecdotique dans les RLM, et c'est bien dommage. A mon sens, un mouvement pendulaire pas-reculer comme dans le Grand-Prix devrait être demandé dans le protocole).
Plus exactement, les mains bougent en général pour travailler en vibration dès que le besoin se fait sentir. Mais il n'y a absolument pas l'idée d'une main souple qui accompagne le mouvement du galop.

D'ailleurs, l'encolure du cheval ne "fonctionne" quasiment pas dans le galop de son cheval Valegro. Le cheval est hyper placé, c'est l'avant-main qui bascule dans son galop, l'encolure semble soudée au tronc du cheval par sa base. 

Notez que je n'ai rien de particuler contre cette championne qui a réalisé un véritable exploit sportif, en sortant une reprise "parfaite" et sans un accroc et devenant ainsi double championne olympique. Simplement, je ne pense pas que cela mérite un 93% et surtout pas des 99% en note artistique... Mais mon avis n'a absolument aucune signification.

Voilà... comme vous le voyez, ça "cogite" :-D.
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Re: La main fixe

Messagepar Jean-Philippe » Lun 31 Oct 16 21h59

Non, pas "une chose et son contraire", mais la main peut être fixe par un côté ou par l'autre... En fonction de ce que l'on veut obtenir. :wink:

Soit le point fixe est du côté de la bouche et "la main fixe" suit. Soit il est du côté de la main et "la main fixe" fixe...

Pour en revenir à ce que t'a conseil JM Donard, (Euclide, premier message) moi, il m'arrive sur certains chevaux de prendre la rêne extérieure à la française, pour mieux agir sur la hauteur de nuque, sur l'équilibre. Donc, pour les mêmes raisons que te préconisent JMD, mais sur la rêne extéroeure.
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Re: La main fixe

Messagepar K » Mar 1 Nov 16 16h17

Hello,

Pour apporter un peu d'eau à votre moulin, je pense que le jeune cheval ne peut être fixé tant que le balancier naturel de son encolure lui est nécessaire pour s equilibrer. Nous devons nous lier au jeune cheval', puis, à mesure qu il se fixe, etre fixe nous même. Liant qui se réduit progressivement jusqu a une fixité relative, c est a dire un liant du bout des doigts.

Fixer la main par rapport à un autre point que la bouche du cheval, a l exception du trot puisque cette allure symétrique permet de prendre le garrot comme référence, revient à faire de la main un enrenement fixe. C'est prendre le cheval par son bout du devant sans permettre une modulation, notamment, de la longueur de renes nécessaire à l instant T de l éducation du cheval.

Au moins, fixons la main lorsque le cheval cède, qu elle ne recule pour tirer à ce moment precis.

amities.
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Re: La main fixe

Messagepar Jean-Philippe » Mer 2 Nov 16 11h27

Je pensais par exemple à des points-fixes / cessions sur la rêne intérieure pour vaincre une résistance de force d'un cheval qui refuse le pli...
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Re: La main fixe

Messagepar JPG » Jeu 3 Nov 16 16h52

Euclides a écrit:Tous les auteurs qui ont reçu l’influence de Baucher on écrit sur la notion de main fixe et plus généralement sur le fonctionnement de la main.

« Le fait d'obtenir le contact égal sur deux rênes est souvent un des éléments qui empêchent de nombreux cavaliers une progression dans leur équitation. »

« Il y a un petit livre de Jean Persin de Lauret qui a pour objet une étude sur la "fixation de la main". L'auteur arrive à la conclusion que pour fixer la main, il faut la poser sur la base de l'encolure ou du garrot.

J’ai monte le cheval de Jean Persin, Dragon, en 66/67 au manège de la rue de Longchamp. Il était très bien dressé et avait un excellent contact avec la main. Persin était très influencé par Fillis : son cheval avait beaucoup d’énergie, mais il ne se servait pas trop de son dos. Anecdotiquement, Persin changeait d’embouchure tous les jours (filet, Pelham, bride complète) et montait les jambes a la sangle.

Image
Jean Persin

Euclides a écrit:Oliveira indique dans les « 30 Ans de Correspondance de Michel Henriquet » que « la main doit être fixe par rapport au rein souple du cavalier ».

Le rein *souple du cavalier* bouge avec le dos *souple du cheval*, et non pas avec l’encolure.

Le problème est le suivant :
1/ le cheval peut s’équilibrer en rétractant et en allongeant la crête de l’encolure a chaque foulée (ce qui implique que le cavalier « suive » la bouche en avançant et en reculant la main). C’est le système anglais de la main qui accompagne a contre-courant de l’assiette car le garrot monte et descend). A leur école de cavalerie , ca s’appelait le « Weedon waddle »
2/ le cheval peut s’équilibrer en rétractant le dessous de l’encolure en permanence, ce qui la fixe. Le garrot reculé est alors en unisson constant, soudé, avec le dos du cheval, c'est-à-dire l’assiette, donc la main fixe du cavalier en relation avec le dos d’après Beudant, Oliveira et moi-même (si ca compte pour quelque chose ).

Le cheval dressé a une base d’encolure qui ne bouge pratiquement plus, même si le haut de l’encolure avance ou se baisse. Voyez un étalon en parade.

Euclides a écrit:dans les notes d’Antoine de Coux sur l’instruction d’Oliveira : « il faut bouger les mains », « il ne faut pas bloquer les mains ».

La main fixe est un moyen de dressage (donc une action temporaire). Elle sert à mettre le cheval entre l’assiette qui pousse passivement (le périnée appuyé sur la rampe du pommeau avec une force constante, mais sans action, a un angle de 45 degrés vers l’avant et le bas) et la main fixe qui empêche le nez d’avancer. Le résultat est que le cheval recule la base de l’encolure/garrot à un angle de 45 degrés vers l’arrière et le haut (principe de l’action/réaction) afin d’éliminer la pression sur sa bouche. Une fois qu’il a compris comment faire ca, le cheval se récompense lui-même par un équilibre grandement amélioré qu’il gardera de lui-même. Apres ca, la main peut avancer, se lever, se baisser, rendre, vibrer, etc., donc ne plus se fixer d’une façon immobile (main pas bloquée répréhensiblement).

Ce système tres simple permet a des cavaliers sans une grande expérience de mettre le cheval dans la main. Il suffit d’une assiette fixe au pas, d’un dos solide (« male », sans oscillations charmantes mais inutiles) et de la pince des mollets (forts et immobiles) - ou des éperons si le cheval est très creux dans sa ligne du dessus. Cela demande parfois un grand effort bref au début de la leçon, puis on peut retourner à la descente progressive des aides. Ca peut aussi se faire avec une seule jambe sur une seule rêne (effet diagonal de Raabe : bas de la jambe extérieure sous le cheval pour pousser le sternum a l’intérieur, donc le garrot a l’extérieur).

Ceci est la raison pour laquelle certains cavaliers montent sur un cheval, poussent leur assiette a l’arrêt sur la selle, ferment les jambes, le cheval invertit un instant sa base d’encolure, puis s’encapuchonne, puis recule le garrot et tout est fait. Le cheval est en équilibre, la main n’est plus utile pour garder la position et le contact, le cheval avance les épaules par les jambes (impulsion). tout en gardant la base d’encolure reculée (équilibre) par l’assiette sur le devant de la selle. Surtout, le cheval y trouve son compte car l’équilibre est sa propre récompense, et il continue comme ca.

Euclides a écrit: Il faut dire que les écrivains et grands cavaliers ont ouvert la porte sur quasiment tout et son contraire en termes d’utilisation des mains :

- « le petit doigt dans les crins » m’a un jour conseillé Patrick Le Rolland.
- « la main haute » me criait d’Orgeix pendant un stage.
- « baisse la main » me conseillait une autre fois Jean-Marie Donard, tout en me conseillant de prendre la rêne interne au pli à la française pour garder une certaine hauteur de nuque.
- « les mains posées sur le nombril »
- « les mains appartiennent à l’encolure du cheval » Jean-Jacques Boisson

J’ai également en tête Oliveira travaillant sur des mains très hautes un jeune cheval (vieille vidéo en noir et blanc que l’on trouvait autrefois sur Youtube). »

La position des mains est un procédé. Chaque cheval répond a un certain angle de la pression du mors dans la bouche d’ne manière ou d’une autre, et chaque cavalier a son petit truc qui marche avec un plus ou moins grand nombre de chevaux. J’ai un cheval qui lève le bout de devant dans les transitions quand on lui demande de baisser les hanches (départ au galop par la jambe intérieure par exemple). Si on peut lui faire baisser les deux bouts en même temps, il y aura une bonne chance qu’il soulève le milieu c'est-à-dire le garrot. Pour cela, je conseille à ma cavalière de faire une torsion du poignet, le pouce allant vers le bas en s’éloignant du cheval sur la rêne intérieure. Dans le départ, c’est associé a une pression impulsive de l’éperon intérieur. Dans la transition galop-pas, la jambe a une pression continue qui ralentit l’antérieur, toujours avec la même action du poignet. Voila un exemple d’action de main, fixe par la position et mobile par l’action.

Euclides a écrit: Parmi les grandes phrases sur le sujet, il y a aussi le fameux conseil d’Etienne Beudant, qui pour lui « suffit à tout » :

"Il faut fermer les doigts sur les rênes, convulsivement si nécessaire."

J'ai toujours été très dubitatif sur ce conseil du capitaine Beudant. Pour autant, les intentions de Beudant paraissent très claires : la main ne doit pas reculer, et ne pas hésiter à employer toutes les forces nécessaires à lutter contre les forces qui s’opposent de la part du cheval à celles de la main fixe de son cavalier. »

« L'idée de tenir convulsivement les rênes n'est à mon sens pas très cohérente avec l'image de parfaite décontraction et de relaxation de Beudant tel qu'il l'affichait dans les photos de ses ouvrages équestres.

Ce conseil de Beudant s’applique surtout au « ramené outré » qui est un procédé, donc temporaire. Il veut obtenir le reflexe de relâchement de la bouche, suivi par la déglutition, qui ressemble un peu au cheval qui « tique a l’air ». Ce reflexe déclenche l’activité du système hyoïde qui va du larynx jusqu'à la base de l’encolure. C’est pour cela qu’il dit, en résumé : « pratiquez le ramené outré dans toutes les transitions : de l’arrêt/reculer vers le pas/trot/galop, au piaffer, dans les appuyers, allongements, etc. Apres cela, l’encolure sera toujours en place », c'est-à-dire : C6/C7 reculées, les épaules avançant sans restriction de toutes les manières possible. Même idée : associer l’impulsion (les épaules qui avancent ou s’élèvent) et l’équilibre (la base de l’encolure qui recule).

La main « convulsive » est juste un moyen qui devient obsolète par soi-même quand le résultat souhaité est atteint. Cela ressemble un peu au procédé de torsion que je viens de décrire.

Ce que Beudant ne dit pas mais montre dans toute ses photos, c’est l’appui du périnée sur la selle et les talons a la sangle sous le cheval, comme Oliveira, Rehbein, etc.. Cela va aussi avec la leçon de l’éperon et tous ses effets décrits par Raabe en détail. Oliveira a dit : « le dressage c’est des milliers d’effets d’ensemble suivis par des milliers de descente de jambes. » Beudant faisait ca avec une jambe légèrement appuyée au cheval, ce qui cachait toutes ses actions – infiniment graduées – qu’elles soient latérales, diagonales, directionnelles, relâchées, etc.

Euclides a écrit:….Il y a l'écriture de d'Orgeix qui nous explique qu'il ne faut pas agir avec le biceps, "le muscle saccadé, le muscle qui tire".

Il a raison : il ne faut pas PLIER le coude (action avec un angle variable), même si on veut monter avec le coude PLIE. (position avec un angle constant). Le bras qui se plie à répétition finit toujours par tirer trop ou rendre trop. J’apprend a mes cavaliers à monter avec le coude droit et a faire tous les ajustements avec les épaules. Pour la raison suivante : « la main c’est l’épaule, l’épaule c’est l’assiette, l’assiette c’est la jambe ». Quand on ajuste le cheval par un recul de l’épaule, on s’ajuste soi-même dans l’ensemble de sa position, donc on agit sur tout le cheval. Quand on se sert de la main isolée, ou pire du coude, on raccourcit toujours l’encolure un tant soit peu sans changer vraiment la posture du cheval. Par exemple, la main qui s’élève doit le faire en ouvrant le coude, pas en le fermant, a moins de vouloir refouler l’avancée du garrot pour remettre un cheval en équilibre impérativement. Même ca, je préfère voir un recul de l’épaule qui assoira le cheval en même temps que l’encolure est relevée.

Si le cheval est mis en équilibre par la méthode précitée (l’assiette qui met le garrot en place), toutes les autres recettes de cuisine deviennent superflues car sans raison d’être. Je crois que l’approche punitive de d’Orgeix sur les chevaux qui tirent vient du fait qu’ils ne savent pas encore se mettre en équilibre parce qu’on ne leur a pas appris. Il faut donc commencer par le début.

Un cheval qui n’est pas d’aplomb (de droite a gauche) aura une peur constante de perdre son équilibre (parce qu’il le perd un peu a chaque foulée). Le saut lui fait donc encore plus peur parce que, ses 4 pieds étant en l’air, il ne sait pas comment il va se rééquilibrer a la réception. Il accélère donc vers l’abord, accélère a la réception et la seule aide qu’il reçoit est un pain dans le bec chaque fois qu’il accélère « pour lui apprendre ».

Au lieu de ca, il est plus utile de lui donner une plus grande variabilité d’ajustement de droite a gauche (contre-épaules en dedans suivies de virages dans le sens du pli - comme montré par JPL dans sa vidéo de longe), agrémenté de reculés bien alignés sur les cercles pour donner une amplitude symétrique au geste de ses épaules. Apres ce travail. Le cheval découvre qu’il a de plus grand moyens de s’équilibrer en écartant ses épaules dans la direction ou on lui demande de tourner. Ses pieds précédent ses épaules, tant au décollage qu’a l’atterrissage du saut, le plané ralentit, il est donc en sécurité et n’a plus besoin de refuser ou de courir sur les barres en s’affolant. Un cheval en équilibre peut être poussé en avant tout en restant léger, ce que souhaitait d’Orgeix. Il faut donc l’équilibrer au lieu de le punir pour son déséquilibre qui n’a pas été résolu.

D’Orgeix ne croyait pas que le dos du cheval est flexible latéralement, donc il n’a jamais cherche a ce que ses chevaux se servent de leur dos et ils ont toujours galopé le dos creux. Quand il parle de la base de l’encolure, c’est toujours la crête dont il parle, donc il équilibre en raccourcissant le dessus, jamais le dessous de l’encolure. C’est pratique pour une action instantanée du cheval car la douleur sur les vertèbres du garrot le fait ralentir immédiatement, mais c’est une très mauvaise idée a long terme pour la longévité de la carrière du cheval. Une autre époque, heureusement révolue.

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Re: La main fixe

Messagepar Laurent » Ven 9 Déc 16 11h54

Voila la technique qui a transformé mon équitation :

l'accompagnement des mouvements du cheval avec les mains.

Avoir la main fixe limite ses mouvements.

Cela revient un peu au balancé de Faverot de Kerbrech.

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Laurent
 
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